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http://chat-pitre.over-blog.com (autre blog félin) + Galerie photos + Littérature féline / Dans mon flipbook : regards de chats

Création : Mardi 24 Avri 2012
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ROMAN FELIN
CHAT PITRE de CHRISTINE LACROIX
est un premier roman félin.

SURCOUF, le rouquin castré, nous narre sa vie de sa naissance à sa mort, avec ses mots à lui, son ressenti, son humour de chat de gouttière.

Plein d'anecdotes, de pitreries, d'aventures et de concurrence avec le tigré entier "MONSIEUR" qui squatte son jardin et qui urine sur son tas de bois dès qu'il tourne les métatarses.

Lien : http://www.lulu.com/shop/search.ep?type=&keyWords=chat+pitre&sitesearch=lulu.com&q=&x=7&y=7

Extrait :
L’ENFANCE

Le premier son que j’entendis fut « kirk, kirk, kirk ! ». J’étais aveugle, je trouvai ce cri charmant, je l’imitai de mon mieux. Je fis « kirk, kirk, kirk ! ». Quelque chose de râpeux et d’humide me passa sur le nez et le corps, je criai plus fort. Une sensation de vide au creux de l’estomac m’envahit. On me bouscula. Je donnai un coup de museau pour me défendre. J’ouvris la bouche et une chose pointue et chaude me remplit la gueule. Je suçai machinalement ce bonbon acidulé et un liquide mielleux et douceâtre me coula dans la gorge. Je n’avais jamais rien goûté d’aussi bon ; il faut dire que c’était le premier repas de mon existence.

Quelques jours plus tard, après une routine de toilettage, mangeaille et farniente, mes yeux s’ouvrirent sur mon univers. Je ne vis qu’elle, d’abord, «ma maman ». Une magnifique chatte que le peintre avait bariolée de toutes les couleurs de sa palette. Elle me communiqua tout son amour d’un coup de langue rugueuse sur mon petit museau rose. Je l’aimais immédiatement et me blottis entre ses pattes avant. Aucun de mes frères et sœurs, j’en avais plein, je les compterai plus tard, n’étaient d’accord. Ils essayèrent de me subtiliser ma place. Je dus me battre griffes et crocs pour la garder. Je m’endormis, épuisé par ce premier combat, qui ne sera sûrement pas le dernier de ma vie de matou.

Mes deux sœurs que je reconnus aux attributs manquant derrière leurs pattes arrière et mes trois frères étaient pelotonnés dans le nid douillet. Celui-ci n’était rien d’autre qu’un landau de bébé abandonné dans une vieille remise, au fond d’un jardin, depuis des années ou même des siècles. Il était poussiéreux à souhait et de vieux chiffons pleins de graisse et de senteurs diverses en recouvraient le fond. Notre mère avait bien fait les choses, un vrai paradis pour minous. Je m’y sentis à l’aise dès les premières minutes de ma vie.
Notre nourricière était d’une race européenne et se targuait d’être une pure chatte de gouttières. Je croyais au début que ça signifiait qu’elle faisait l’équilibriste, à la nuit tombée, sur toutes les gouttières du quartier, mais en fait, j’appris plus tard que c’était un nom un peu péjoratif pour désigner les chats qui avaient perdu leurs papiers d’identité à leur naissance, comme nous six d’ailleurs. Dans quelques semaines, j’allais rencontrer des compagnons qui eux étaient moins brouillons et avaient gardé les leurs, comme Monsieur le Persan, Madame de Siamois ou Mademoiselle l’Orientale.

J’étais donc un petit rouquin sans pedigree mais avec de magnifiques socquettes blanches, surtout au début de ma vie et souvent grises ou tachetées quand je me mis à arpenter le plateau des vaches. J’ignore pourquoi on appelle ces voies asphaltées « le plateau des vaches », car je n’en ai jamais rencontré ; les seuls animaux à quatre pattes que j’aperçus dans les rues de ma ville, furent les chiens, les rats, les lapins et les bébés. Mes oreilles transparentes et mon petit nez rose trahissaient des gènes albinos ; mais mon plus bel atout était mes yeux, j’avais hérité ceux de mon père. (Ma mère me le décrit comme un beau mâle orange aux yeux couleur soleil). Les miens étaient dorés et imitaient à la perfection les reflets de mon pelage. De ma mère j’avais hérité les poils blancs de son cou.
Chacun de mes frères et sœurs avaient emprunté une teinte de couleur sur une partie différente de son corps. Il y avait « Blanchette », minuscule touffe de poil neige comme le dessous de son ventre ; « Noirpiaux » avait décidé d’imiter le masque facial noir et blanc de notre maman ; « Tigre » avait un pelage rayé gris souris comme la queue de celle-ci, son poil angora était tout ébouriffé ; « Arc-en-ciel » était le parfait clone de notre mère et la plus réussie de la joyeuse troupe. J’apprendrai plus tard, que comme notre maman, son pelage s’appelait du joli nom d’écaille de tortue. Le plus costaud, « Black », un mâle noir aux yeux verts était le seul à ne ressembler aucunement à nos parents.

Je savais qu’il mentait quand il me raconta que son père à lui était un « pur gouttière » d’un noir de jais. En colère, je lui donnai un coup de patte et lui signifiai que notre papa à tous était un rouquin aux yeux dorés, ma mère me l’avait dit, un point c’est tout. Notre maman, voyant que l’on se chamaillait à propos de notre lignée, nous rassembla tous les six et nous narra ses nuits d’amour.
- Mon premier coup de foudre fut pour un beau rouquin aux yeux couleur de miel.
Je donnais un coup de tête à mon frangin.
- Tu vois bien que c’est notre père ! lui glissais-je à l’oreille.
- Chut ! Attend ! Écoute la suite de l’histoire !
- Il habitait un magnifique garage plein de bidons d’huile et de vieux chiffons graisseux. Il vint me jouer ici même la sérénade pendant une semaine entière et quand il chanta vraiment juste, je le suivis dans son appartement surmonté d’un chevron rouge, à l’autre bout du quartier. Nous nous glissâmes sous la porte métallique et il me déclara son amour. Curieusement, le lendemain, il ne vint pas me voir. Je le revis une semaine plus tard mais il m’ignora et moi aussi d’ailleurs car je venais de rencontrer le matou de mes rêves : un chat noir aux yeux vairons, aux poils hirsutes et aux oreilles entaillées.
Ce fut au tour de mon frangin de me donner un coup de patte sur le museau.
- Son œil bleu et son œil vert me fascinèrent et je tombai sous le charme. Je lui permis de m’honorer dans mon propre jardin. À peine avait-il fini son affaire qu’un gros chartreux, il avait ses papiers sur lui, m’attrapa par le cou et me grimpa dessus. Je le mordis comme je pus, je poussais des hurlements sous la lune. Il me fit très mal car nous restâmes longtemps collés l’un à l’autre ; quand il se dégagea, il évita de justesse l’un de mes crocs et s’enfuit à toutes pattes. Mon beau ténébreux s’était tapi dans un coin du jardin et ne daigna même pas intervenir pour prendre ma défense. Mon amour pour lui s’envola aussitôt. La nuit suivante, je subis les avances de trois autres traînards dont un mâle qui s’était camouflé en échiquier.
- C’est mon papa ! murmura le Noirpiaux.
- Chut !
- Au bout de quelques mois, je me sentis très fatiguée. Mon ventre se gonflait sous mes pattes et je pris du poids. J’essayai bien de faire un régime, mais rien n’y fit ; j’étais passée de sept livres à huit livres. J’avais déjà visité cette remise et quand je vis ce vieux landau, je décidai de m’y installer pour faire un somme. Je compris que j’étais enceinte quand « Black » s’éjecta d’entre mes cuisses puis « Arc-en-ciel » et tous le suivants. Je me suis retrouvée avec six petits souriceaux piaillant et s’agitant dans tous les sens.
Une foule de protestations s’éleva de l’assemblée ; on entendit des bribes de voix.
- Une souris ! Une souris ! Et puis quoi encore ?
- Moi piailler ? Jamais !
- Chut ! Laissons poursuivre maman !
- Chacun de vous a un père différent, voilà pourquoi vos pelages ne se ressemblent pas. Mais je suis votre unique mère à tous les six.
- Et mon papa, il va venir me voir ? interrogea Blanchette.
- Mes enfants ! Vos pères ne sont pas très fidèles. Chacun d’eux a plein de progénitures et n’a pas le temps de leur rendre visites, ils sont tous très occupés. Alors mes petits, vous allez devoir compter sur moi seule.
Après ce long discours, tout le monde eut très faim et nous nous précipitâmes sur les mamelles juteuses. Maman se coucha sur le côté et ferma les yeux devant ce spectacle de gloutonnerie. Blanchette, la dernière née et la plus chétive, essaya de se frayer un passage parmi tous ces costauds qui lui barraient l’accès à la friandise, n’y arrivant pas, repoussée de toute part, elle se blottit dans un coin de la couche. Cela faisait plusieurs jours qu’elle ne s’alimentait plus, mais personne ne s’en formalisa. On aurait peut-être dû, car la semaine suivante, nous nous réveillâmes sur un triste matin de deuil. Maman prit la petite boule blanche dans sa gueule et sauta hors du landau. Nous la vîmes sortir de la remise. Quand elle revint, une demi-heure plus tard, Blanchette avait disparu de sa gueule.

Les deux pattes appuyées sur le rebord de notre lit à roulettes, je scrutais l’horizon. J’aurais bien voulu explorer tous les recoins qui s’offraient à ma vue, mais j’étais trop petit pour faire le grand saut qui me séparait du sol. Je me contentai d’admirer cet univers sombre, éclairé par un simple vasistas, incorporé dans le toit. Une étagère couverte de pots de peinture courait le long de deux murs. Nous pouvions deviner la couleur de chaque pot aux coulures sur les côtés ou aux couvercles multicolores. Je dis cela pour ceux qui comprennent quelque chose à la palette du peintre. Moi, ma vue ne me permet pas de voir la vie en rose. Mais ma vision nocturne affûtée, me fit souvent traiter de nyctalope par des gens pourtant très bien élevés. Un râteau, une bêche et un balai reposaient contre un mur, à côté de pots vides de terreau, squattés par de succulentes araignées qui me feront un excellent dessert dans quelques semaines. Deux poutres en bois, tombées à terre, affichaient de belles rainures faites de pattes de maître. Maman peaufinait son art régulièrement. Je m’y essaierai plus tard, l’imitant de mon mieux, toutes armes dehors. Malgré mon application, je ne réussis jamais une œuvre aussi aboutie que la sienne. Je m’y attaquais pourtant avec les dents et les griffes, mais ma sculpture fut un échec. Des tuiles romaines, empilées en équilibre instable, allaient nous servir de parcours du combattant et nous apprendre l’école du cirque.
Pour ce qui est de combattre, je ne m’en privais pas. Ma sœur et mes frères avaient pris du volume comme moi et l’oxygène commençait à nous manquer sérieusement, dans notre landau fait pour un unique bébé ; nous, nous étions cinq chatons et une mère. Un jour, Black, le plus fort d’entre nous, décida de faire le grand saut, au bas mot quatre-vingts centimètres. Nous le vîmes se dresser sur ses pattes arrière, celles avant posées sur le rebord de notre lit, il fit ressort avec les postérieures et se propulsa sur le sol en un atterrissage, ma foi, fort bien maîtrisé.
Quatre boules de poils essayèrent de l’imiter mais sans grand résultat. Les tentatives se soldèrent par des culbutes, des roulades arrière et des sauts stationnaires. Quand maman rentra de sa chasse et qu’elle vit Black au pied du nid, nous nous bouchâmes les lobes et les yeux pour ne pas entendre ni voir sa fureur ; qu’elle ne fut pas notre surprise de la voir le lécher avec amour et lui dire des mots tendres à l’oreille. Dès lors, ce fut le préféré de la progéniture. Notre mère, d’un bond leste, atterrit à côté de nous et prit Arc-en-ciel dans sa gueule et d’un mouvement inverse, la déposa sur le sol à côté de son frère. Elle recommença la même action trois fois, atterrissant exactement aux mêmes endroits, que ce soit à terre ou dans le landau. C’est ainsi que nous nous retrouvâmes sur le plateau « des vaches » cité plus haut.

L’exploration débuta pour les cinq rejetons. Chacun fut attiré par un coin différent de la remise ; celui qu’ils avaient repéré du haut du mirador. Mon instinct dirigea mes pattes directement dans le coin le plus sombre. Je grimpai sur une montagne de matière noire empilée au pied d’un mur et me mis à creuser de mes membres et de ma truffe. J’avais déjà observé ma mère en train de gratter la terre de cette manière dans un autre endroit de la bâtisse. Je l’imitai. J’éternuai cinq fois de suite, ce qui fit se retourner toute la petite troupe. Un seul cri d’effroi sortit de leurs gorges, sauf Black qui montra les dents. Maman m’attrapa par la peau du cou et me secoua comme un prunier. Elle me réprimanda sévèrement :
- Regarde dans quel état tu t’es mis ?
J’étais noir de la tête aux pattes. Je m’étais roulé sur le tas de charbon. Adieu mon joli pelage roux et mes socquettes blanches. Je n’étais plus qu’une vulgaire bête noire. On m’avait cloné en Black. La pluie tambourinait à grosses gouttes à l’extérieur. Ma mère me poussa d’autorité sous la porte et m’obligea à prendre une douche. J’essayai bien de m’échapper, mais elle me maintint sous l’eau. De ce jour, j’eus une sainte horreur de l’eau, préférant de loin le nettoyage à sec. Ma maman se fit arroser par la même occasion.
C’est comme cela que je pus contempler le monde extérieur avant mes frères et sœur. De la boue anthracite s’écoulait d’entre mes pattes. Quand la pluie cessa, ma mère compléta ma toilette, me bousculant plus que nécessaire. Je rigolais de voir sa langue se noircir sous le léchage. Quand le soleil darda de nouveau ses rayons, mon poil se transforma en or. J’étais redevenu moi-même. J’en fus soulagé, je ne voulais pas ressembler à mon frère de sang.

Une fois remis de mes émotions, je repris mes investigations là où je les avais interrompues, ou plutôt à côté, évitant soigneusement le coin sombre qui m’avait apporté tant de malheurs. Des odeurs bizarres me chatouillaient les narines, tout un monde nouveau s’ouvrait à mes sens. La bêche sentait la terre, le coin des murs sentait les papas et les tuiles sentaient le soleil. J’éprouvai mon équilibre en m’attaquant à la traversée des poutres par la face sud. Je n’avais pas vu que Noirpiaux s’y était engagé par la face nord, trop occupé à me concentrer sur l’obstacle et à contempler la position de mes quatre pattes. C’est facile pour vous les humains de ne synchroniser que deux pattes, mais quatre, vous imaginez ? Nous nous percutâmes le haut du crâne, roulant en un bel ensemble, dans la poussière du sol. Nous en profitâmes pour jouer à la bagarre. Je pris rapidement le dessus et lui le dessous. Quand nous nous relevâmes lui ressemblait à une souris et moi à une serpillière. Nous nous cachâmes de peur de subir une douche et nous léchâmes mutuellement, grimaçant en avalant cette matière peu goûteuse. Quand nous ressortîmes de l’ombre, chacun avait retrouvé figure animale.
Noirpiaux partit vers les tuiles et moi vers la lumière. Le dehors m’attirait comme un aimant. Je passai ma frimousse sous la porte et humai l’herbe mouillée, un régal. Je contemplais le paradis sous le soleil. Le printemps souriait. Une bête vrombissante m’attaqua sans prévenir, comme le voudrait la bienséance. Je reculai à l’abri, sous l’œil mauvais de ma mère. Elle m’attrapa à nouveau par le col blanc et me déposa au milieu du logis, me faisant comprendre que mon domaine se limitait à ce petit espace. Je fus bien triste de constater que le dehors était uniquement réservé à la toilette humide ; ce monde avait pourtant l’air si amusant !
Je ne savais pas encore que notre mère nous en réservait la visite à un moment plus propice de la journée, ou plutôt de la nuit. Je m’endormis sur un tas de chiffons embaumant le pétrole et la térébenthine, parfums ô combien subtils. Mes frères me regardèrent avec envie, je refusai catégoriquement de leur laisser la place. Je ne cédai même pas sous les coups de boutoir de Black, qui s’éloigna, penaud, pour se trouver un autre coin. Nos dix-huit heures de sommeil quotidien exigeaient un lit confortable et sécurisant, attribué à vie ; j’avais tout lieu d’être satisfait de ma trouvaille, quand je vis Black sauter d’un bond leste dans notre ancien landau de bébé. Je me mis à regretter de n’en avoir pas eu l’idée avant lui. Une certaine rivalité commençait à naître entre nous.

Quand mes quatre paupières s’ouvrirent, et oui, tout est en double chez nous les félins, les pattes, les paupières et l’intelligence ; donc quand j’ouvris les yeux, la lumière ne filtrait plus sous la porte de l’univers interdit.
J’étirai un à un mes quatre membres engourdis par ces dix heures de sommeil, puis je fis le gros dos et quelques assouplissements de la tête. Il ne faudrait quand même pas se faire un claquage. Puis comme tous mes frères et sœur je me précipitai vers ma mère pour un souper tardif ou un petit déjeuner matutinal, comme on voudra ; mais quelle ne fut pas notre surprise de la voir nous refuser l’accès à son garde-manger, à force coups de pattes et de tête. Nous nous rassemblâmes, dépités, autour de notre nourricière réticente.
- Mes enfants ! Ce soir vous allez goûter une autre nourriture ! Nous allons à la chasse !
- Youpi ! Super ! Génial ! Trop cool !
Les superlatifs fusaient de toutes les gorges.
- Bon ! Mais avant tout de la discipline ! Le monde extérieur est plein de dangers et d’embûches. Vous allez me suivre comme mon ombre, mettre vos traces dans les miennes et rester silencieux. Chacun tiendra la queue du précédent dans sa gueule. Arc-en-ciel ! Derrière moi ! Puis Noirpiaux, Black, Tigre ! Toi, Rayon de soleil, tu fermes la marche et tu surveilles l’arrière !

Ce fut le premier nom de ma longue existence et de loin le plus beau parmi les nombreux autres qui suivirent. Je n’étais pas peu fier de la responsabilité que m’octroya maman. D’un seul coup je devenais plus beau, plus grand, plus fort que Black. La petite troupe en bon ordre, surtout au début, s’ébranla queues dans gueules et se glissa comme un tram sous la porte, vers les monstres de la nuit. Ce fut tout de suite très drôle. Une multitude de lampes de poche s’allumaient par intermittence, nous éclairant le chemin. Chacun essaya d’en attraper une, mais dès qu’on levait une patte, elle s’éteignait. J’appris plus tard que c’était des fées électriques, de leur nom scientifique : « lucioles » ; leur rôle était d’amener un peu de lumière, à la noirceur de la nuit, pour guider les voyageurs égarés. Pour notre part, nous n’avions pas besoin de ces lampes d’appoint, chacun étant pourvu du dernier cri en matière de technologie visuelle, je veux parler de la visée laser infrarouge.
Au bout de cinq minutes, la joyeuse troupe ressemblait plus à un essaim de mouches qu’à une rangée de louveteaux bien disciplinés. Chacun papillonna dans son coin et justement se lança à la chasse aux lépidoptères. Je réussis à en attraper un, après moult bonds en l’air et directs du gauche. Je jouai un peu avec lui. Il voltigeait devant mon nez, groggy par mon coup de patte. Il craqua délicatement sous la dent et un jus amer me coula dans la bouche, un délice. J’en aurais bien croqué un deuxième, mais ce n’était pas facile sans filet à papillon. Maman reconstitua la troupe éparpillée.
- Avez-vous faim ?
Un cœur répondit : « Oh oui ! »
- Alors suivez-moi !

Nous nous dirigeâmes vers un grand bâtiment gris. Elle grimpa les trois marches du perron, non sans avoir balancé un regard inquiet de droite et de gauche. Un divin fumet réveilla mon odorat et je fus le premier à tomber sur la chose. Une gamelle en plastique bleu ciel, marquée « toutou » en grosses lettres rouges, et remplit d’une pâtée digne d’une comtesse. Je fus également le premier à passer la langue sur le mélange. C’était salé à souhait et un peu amer, tout à fait à mon goût de félin. J’avalai tout rond, mais au bout de trois bouchées, une vague de poils multicolores me submergea, pareille à une mêlée de rugby. Je laissai le butin et m’éloignai pour régurgiter une substance intacte. Peut-être avais-je mangé ce premier repas consistant un peu trop vite ? La prochaine fois, c’est promis, je dégusterai.
Quand la gamelle du chien fut lavée, récurée et nettoyée par cinq langues dotées d’un grattoir des plus efficaces et d’un bactéricide de première qualité, nous suivîmes notre guide vers un autre terrain de jeux. L’herbe haute du jardin nous chatouillait les narines, d’instinct nous rampions, mimant notre mère, quand nous la vîmes bondir toutes pattes en avant. Elle nous présenta sa proie frémissante au bout de sa gueule, un petit mulot gris qui nous observait de ses jolis yeux noirs larmoyants. Il piaillait à nos oreilles. Elle le libéra. Il s’enfuit affolé, dans la mauvaise direction, en l’occurrence la nôtre. Black abattit un peu rudement sa patte sur le dos du rongeur qui mourut sur le coup. Maman nous apprit à le dépecer minutieusement. Chacun en eut une minuscule part. C’était difficile à manger, dur et élastique, obligeant à mastiquer longuement. Cette fois je ne vomis pas.
La nuit se passa en repérage des lieux, en découverte de senteurs diverses et inconnues, et en chasse gustative. J’étais le champion du saut en hauteur. Votre serviteur réussit même à capturer tout seul, Batman en personne. La chauve-souris en dessert reste un mets délicat et savoureux. Quand une lueur jaune apparue à l’horizon, maman nous regroupa et nous nous glissâmes tous les six sous la porte de notre home. Chacun, rassasié et fourbu, retrouva son coin de prédilection et plongea en une seconde dans un sommeil profond, peuplé de monstres noirs et de nourritures croquantes.

Les journées se déroulaient en longues siestes et tétées, car chacun à tour de rôle nous allions solliciter les mamelles de notre mère, lui promettant que cette fois serait la dernière et y retournant régulièrement. Mais à bien y réfléchir, le lait maternel, curieusement, commençait à m’écœurer. Je devenais malgré moi, de plus en plus carnivore.
Mais j’y pense, j’ai oublié de vous décrire l’endroit où nous habitions. L’intérieur de notre maison, vous connaissez, voici maintenant l’extérieur. Notre cabanon se trouvait à l’extrémité d’un jardin où l’herbe était verte, haute et douce à nos promenades nocturnes. La bâtisse grise et ses trois marches menant au perron rectangulaire, se trouvaient à l’opposé et il fallait traverser tout ce chemin à découvert pour arriver à la gamelle de « Belzébuth », un briard noir, tout fou et pas gracieux, pour la gent féline. C’était pour ces deux raisons que maman refusait de nous laisser sortir quand l’astre du jour était levé, elle connaissait parfaitement les habitudes du chien trop bien nourri, qui laissait toujours la moitié de sa pâtée et qui s’en allait dormir, à vingt-trois heures précises, tous les soirs, aux pieds du lit de ses maîtres ; ceux-ci lui remettant la même quantité de nourriture le lendemain, en constatant que leur compagnon à quatre pattes avait tout ingurgité la veille au soir.
Entre ces deux points, se trouvait le paradis sur terre. A droite, un lilas rose au tronc tendre, tout tagué par six paires de pattes avant, laissait pendre lamentablement des lambeaux d’écorce grise. Au mitan, une allée gravillonnée où maman nous avait appris à faire nos besoins et que nous ratissions tous les jours de notre mieux, suivant notre inspiration de jardinier, envoyant même régulièrement des cailloux au loin, sur la pelouse, pas toujours en accord avec les goûts du propriétaire, mais toujours suivant la leçon de notre mère ; car il ne faut pas croire que notre vie de chatons était faite de farniente. Nous aussi, nous avions des devoirs et des leçons à apprendre par cœur. Maman nous les faisait réciter chaque jour. Il y avait la propreté, la toilette, la cynégétique et l’examen au plus fort coefficient, la méfiance en tout animal à deux ou quatre pattes.
A gauche, venait le parterre fleuri. Comme je suis né un moche soir de printemps, j’ai pu profiter, pour mon anniversaire des deux mois, d’un magnifique massif floral. Maman nous avait dit que nous avions de la chance d’être nés à cette période de l’année. Les pauvres petits chatons de l’hiver, eux, souffrent du froid, ne pouvant pas bénéficier des longues siestes au soleil d’été, à l’abri tout de même des regards indiscrets. Ils ne peuvent s’adonner à la chasse aux papillons, et surtout ne connaîtront jamais la joie de mettre leurs museaux dans les rosiers et de les ressortir tout griffés et tuméfiés par des épines plus grosses que nos griffes.
- Oh reine des fleurs, comme j’aime ton parfum entêtant, comme j’aime le velours de tes pétales, mais comme je déteste tes lames acérées sur mon petit nez délicat !
Ce poème, je l’ai composé après mon premier combat avec une « Queen Elizabeth », rouge sang de ses victimes, trois fois plus haute que moi. J’aurais préféré m’attaquer à une « Comtesse du Barry ». Vraiment une chance d’être né au printemps ?
C’est vrai que dans le massif, il n’y avait pas que des rosiers. Des petits rochers, couverts de petites fleurs violettes, étaient survolés par des centaines d’insectes, à la nuit tombante. Cela n’avait pas la classe d’une chasse aux lépidoptères, surtout que nous n’attrapions jamais rien dans nos filets, mais nous nous amusions bien en les pourchassant. Le plus drôle, restaient les parties de cache-cache avec mes frères au milieu du parterre, là où se trouvait un arbuste d’une jolie couleur lie-de-vin. Nous nous glissions en dessous, rampions sous les branches basses et les feuilles tombantes et nous nous appliquions à effrayer l’adversaire, en lui sautant dessus à l’improviste ou en lui criant dans les oreilles.

La vie se passait dans l’insouciance la plus totale, jusqu’au premier jour de septembre, un soir, peu après la rentrée des classes des deux pattes. Black disparut. Le plus étonnant fut que notre mère ne lança même pas d’avis de recherche et se désintéressa complètement du problème. Elle ne semblait pas du tout s’en émouvoir. La vie reprit son cours et je dois avouer que moi aussi j’oubliai très rapidement mon frangin.
La deuxième disparition fut beaucoup plus dramatique, alors que nous étions sortis de notre domaine, notre escapade nocturne nous ayant entraîné bien au-delà de la barrière blanche qui clôturait notre jardin, l’accident se produisit. Tigre, attiré par un mouvement suspect, traversa la bande noire que maman nous avait pourtant interdit d’emprunter ; avant qu’il n’ait eu le temps d’atteindre son but de l’autre côté de la route, un énorme animal aux yeux jaunes, rapide comme le vent, le happa en pleine course. Nous le retrouvâmes, aplati sur l’asphalte. Je lui administrai un coup de patte, Arc-en-ciel lui donna un coup de museau, il refusa de nous répondre. Nous le laissâmes là et continuâmes nos investigations de la nuit.
On ne le revit jamais. Il avait dû décider de ne pas rentrer à la maison et d’aller vivre sa vie sous d’autres cieux. Notre troupe s’en trouva réduite d’autant. Il ne restait plus que quatre membres : moi, Arc-en-ciel, notre mère et un unique frère. De ce jour, une certaine rivalité s’établit entre moi et Noirpiaux. Ce fut à celui qui attraperait le plus de souris ou de mulots, à celui qui courrait le plus vite ou sauterait le plus haut ou à celui qui gagnerait la bataille, car nos combats à l’arme blanche devenaient de plus en plus fréquents.
Notre sœur, pour sa part, ne quittait plus notre mère d’une pattoune. Elle passait beaucoup de temps à se faire lécher ou à dormir flanc contre flanc. Leurs pelages se confondaient tellement, que des fois nous la cherchions du regard, alors qu’elle était blottie contre le ventre de maman, qui d’ailleurs, soit dit en passant, ne s’occupait plus du tout de ses deux fils. Elle s’absentait souvent la nuit et se faisait la voix au clair de lune. Parfois, notre mère s’éloignait avec un gros matou et nous ne la retrouvions qu’à l’aube suivante. Un beau matin d’automne, alors que les feuilles dorées jonchaient le sol et que les arbres étaient en flammes, ma mère demanda à me parler en particulier.
- Mon fils ! Tu es grand maintenant, tu as plus de quatre mois, dans six autres mois tu acquerras ta maturité sexuelle. Il faut songer à trouver ton propre territoire, pour pouvoir conquérir des femelles. Tu es fort et intelligent, tu n’auras aucun mal à imposer ta loi. Pars mon enfant ! Tu dois assurer ta descendance. De l’autre côté de la barrière, tout un univers n’attend que toi.
- Mais pourquoi moi, maman ? protestais-je. Je veux rester toute ma vie avec vous trois !
- Rayon de soleil ! Noirpiaux est parti cette nuit vivre sa vie au loin, maintenant c’est ton tour !
- Et Arc-en-ciel ? interrogeais-je pour gagner du temps.
- Ta sœur reste ici avec moi. Elle sera bientôt enceinte, je dois l’aider à élever sa progéniture.
- Je vais être tonton ? Si jeune ?
- Ta sœur sera mature pour ses six mois tu sais ! Contrairement à toi qui ne seras prêt à engendrer qu’après tes dix mois. Elle a déjà des vues sur un beau siamois aux yeux bleus, un tigré aux yeux vert, un rouquin aux yeux dorés comme les tiens, et un turc blanc aux yeux vairons lui fait une cour assidue.
- C’est tout ? m’exclamais-je.
- Presque. Je crois qu’elle est aussi tombée amoureuse d’un beau chartreux couleur ciel d’orage.
- Waouh ! Elle en a des prétendants ! Pas très fidèle la frangine !
- Toi aussi tu tomberas souvent amoureux, tu verras ! Mais pour cela il faut aller chercher les fiancées.
- Alors j’y vais ! répondis-je sans réfléchir.
Et je tournai les socquettes sans plus de cérémonie, m’éloignant sans un regard en arrière. C’est comme cela que je perdis à tout jamais le contact avec ma famille, que j’abandonnai mon enfance pour foncer tête baissée dans la vie adulte et que ma survie débuta.





 Posté le Lundi 25 Juin 2012 à 08h54 | Laisser un commentaire| 2 commentaires | Retour au blog

Commentaires
De Chantaloup, posté le Lundi 25 Juin 2012 à 14h10
Et bien, ça m'a l'air sympa ton livre. Je vais me faire ce petit plaisir là. Ce qui me fait un peu peur, c'est les moments de grandes émotions comme la fin et durant toute l'aventure les moments de tristesse car il y en a forcément dans la vie de ces formidables chats des rues. Rien que le fait qu'ils quittent leur maman me fait mal, mais je vais quand même le lire ...

De CHRISTINE LACROIX, posté le Lundi 25 Juin 2012 à 15h16
C'est plutôt, comme son nom l'indique, une histoire gaie. Bien sûr il y a des drames mais aussi beaucoup de joie. Surcouf ayant vraiment existé, 90% de ce qui est raconté dans le livre s'est réellement passé. Nous avons été le chercher au refuge, et il a vécu avec nous 14 ans de bonheur. CHRISTINE